Joachim Romain arrête son regard sur les couches d’informations présentes dans les affiches, éléments d’une société de consommations de masse. En s’intéressant à l’usure urbaine naturelle ainsi qu’à la diversité de la typographie à travers le monde et les époques, il développe des expériences de lacération d’affiches dans la rue.

Dans une certaine filiation aux artistes du Mouvement Nouveau Réalisme, tels Villéglé et Hains, Joachim Romain travaille avec ce que la ville lui offre comme matériaux.

Au départ, la photographie lui permettait de rendre compte de ses observations des murs d’affiches urbaines. Il l’utilise désormais pour révéler notre époque dans laquelle nos yeux sont constamment happés par des images aussi bien dans les villes que dans les sites internet, incitant à une frénésie d’achats.

De cette attention a émergé sa série Fast shop (2009) réalisée à partir de prises de vue de sites de ventes en ligne. Ses images dévoilent des corps, modèlent des marques disparaissant presque…  exprimant ainsi la trop grande rapidité d’une tendance à la consommation. La brillance du tirage photographique accentue l’effet de sublimation, d’attirance de l’image publicitaire, telle qu’on la verrait sur écran.

Peu à peu, Joachim Romain associe ce travail au monde urbain et abîme ses propres photographies, témoignant ainsi des effets du temps. Il libère un geste pictural pour renforcer les couches de matières d’affiches récoltées dans la rue. Ses portraits, insérés dans cette accumulation d’images publicitaires, se fondent dans la quantité de textures colorées et les fragments de typographie.

Joachim Romain poursuit sa pratique artistique à même les murs d’affichage libre en réalisant des sculptures à partir de ce que l’humain crée et recompose au fur et à mesure des gestes de collages d’affiches, donnant naissance à un palimpseste de formes, de textures qui se détériorent avec le temps.

Ses œuvres dans l’espace public nous laissent imaginer les traces de phénomènes naturels, vents, tornades, tremblements…

Dans la poursuite de ses expériences d’utilisation des rebuts de la société, préoccupé par l’écologie et l’environnement, Joachim Romain affirme une pratique artistique de plus en plus fondée sur le principe du circuit court.  Associant ses photographies et son travail sur les matières trouvées dans la rue, il prolonge ses expériences de recomposition d’affiches en fusionnant sa série Fast shop à ses collages retravaillés d’affiches lacérées.

Ses œuvres racontent un état des villes marquées par l’accumulation d’images, de slogans, d’affiches, qui attirent notre attention et sollicitent un désir d’acheter, provoquant un flux de fabrications, puis de déchets.

Au fil des années, ses œuvres seront des archives du monde, telles des reliques d’une époque d’un trop plein d’images…